Humeurs

Aux oubliées

 « Aux oubliées » est une initiative culturelle, féministe, poétique et solidaire lancée en Espagne, il y a un an, par Maria Rufilanchas. En France, cette initiative est portée par Laure Gomez-Montoya, Debora Kahn-Sriber et Karine Vincent, des femmes engagées pour l’émancipation des femmes.

« Aux oubliées » s’adresse aux femmes détenues et lance un appel à tout le monde :

Choisissez un livre dans votre bibliothèque dans le but de l’offrir à une femme détenue. Le livre est un moyen unique de se divertir, d’apprendre, de rêver, de réfléchir, d’oublier… « Qu’est-ce que j’aimerais lire à leur place ? » Vous avez toute liberté pour le choix du livre : fiction ou biographie, neuf ou occasion, langue française ou étrangère, …

Parce que les messages sur la première page du livre sont l’âme de cette initiative, n’oubliez surtout pas de dédicacer votre livre d’un mot, d’une phrase, d’une lettre puis signez sans mettre votre adresse.

Une grande campagne de collecte commencera à la prison de Fleury-Mérogis et d’autres campagnes devraient suivre.
Les livres sont donc accueillis toute l’année.

Vous pouvez déposer vos livres ou les envoyer à :
Karine Vincent – L’Iconoclaste – c/o Aux oubliées – 26 rue Jacob – 75006 Paris


L’écrivain public, une série web

Saison 1

Mathieu devient écrivain public dans un quartier populaire de Montréal. Alors que nous « textons », « facebookons » et écrivons au son, qui sait encore trouver «les mots pour écrire»? 

9 épisodes.

Saison 2

Toujours écrivain public dans le centre communautaire, Mathieu découvre que son rôle est bien plus humain que littéraire : il écoute les maux et trouve des mots pour consoler ses clients.

5 épisodes.

Saison 3

Ressentant le besoin de raconter son expérience, Mathhieu écrit un premier roman inspiré de son travail d’écrivain public. La publication dérange son employeur qui le renvoie sur-le-champ.

5 épisodes.

Distribution

Inspirée du roman L’écrivain public écrit par Michel Duchesne (qui signe également l’adaptation), la série est réalisée par Hervé Baillargeon (saison 1) et réalisée et coécrite par Eric Piccoli (saisons 2 et 3). Elle met en vedette Emmanuel Schwartz dans le rôle principal aux côtés notamment de Sandrine Bisson, Eve Duranceau, Luc Senay, Louise Bombardier, Johanne Fontaine, Denis Houle, Ariane Castellanos, Simone Marchand, Pierre-Luc Lafontaine et Jean-Nicolas Verreault, Raphaël Lacaille, Lily Thibeault et Catherine St-Laurent.

Production

Babel fils – TV5 Unis

Extrait de l’article paru dans LA PRESSE 25 août 2020

TV5 est la seule télé qui a voulu prendre le risque de financer un projet dont les thèmes – pauvreté et analphabétisme – n’avaient rien de sexy même s’ils étaient douloureusement d’actualité. En contrepartie, les budgets alloués aux neuf épisodes de huit minutes chacun étaient aussi pauvres que les personnages de la série. La série a, malgré tout, remporté un succès d’estime et une myriade de prix : un Gémeaux, un Numix, le prix spécial des droits de l’homme de Bilbao, le Coup de coeur de Liège et un prix à Marseille pour l’émouvante interprétation d’Emmanuel Schwartz dans le rôle de Mathieu Martineau, l’écrivain public, qui s’est mis en tête de sauver le pauvre monde, une lettre à la fois.

«Cette série, c’est avant tout un hommage aux gens du communautaire qui sont payés des salaires de misère pour s’occuper des plus poqués de la société et qui sont eux-mêmes condamnés à vivre dans une extrême précarité sans jamais savoir si leur subvention sera reconduite d’une année à l’autre», s’indigne Michel Duchesne, qui croit que tous les artistes devraient, à un moment ou l’autre de leur vie, sortir de leur zone de confort et aller voir comment ça se passe vraiment dans le communautaire, mais aussi dans les hôpitaux et les écoles, histoire de se connecter aux vraies réalités de leur société.

«Il y a des listes d’attente partout, y compris pour les centres de femmes battues, ce qui est aussi inacceptable qu’absurde. Les gens sont abandonnés à eux-mêmes. Comme artiste et comme citoyen, ça change ta perspective de prendre conscience de ces injustices-là.»

NATHALIE PETROWSKI


Trois soirées chez Liber Libra : impressions d’une spectatrice conquise.

C’est un petit coin de culture et de bien-être où coulent la poésie, le théâtre, la musique et le conte …

Entre octobre et décembre 2019, j’ai eu le plaisir d’assister à trois spectacles programmés au siège de l’association  Liber Libra, au pied du château d’Hyères. En toquant pour la première fois, j’ignorais ce qui m’attendait. La porte en bois s’est ouverte sur les sourires d’Albertine Benedetto et de Gilles Desnots. Un accueil simple, sans façon et spontanément chaleureux.

Quelques marches conduisent à la pièce principale. Un piano, une grande bibliothèque, un poêle et une trentaine de chaises attendent le public. L’air est chargé de sérénité et de bienveillance. Pas de salle, pas de scène, le comédien est invité à la maison et se produit à quelques pas des spectateurs.

Dans ce décor, cette chaleur et cette proximité, j’ai savouré « Brin d’herbe »,  une histoire contée par Didier Bourguignon accompagné au piano par Laurent Marguin.  Ensuite, j’ai découvert « La Nuit juste avant les forêt», un monologue de Bernard-Marie Koltès mis en scène par Gilles Desnots et magistralement interprété par Christophe Lancia. Et enfin, j’ai dégusté « Mauvais genre » un texte joué magnifiquement par  Pierre Guéry à partir du roman « la Rhétorique des culs » (Sens&Tonka éditions).

Trois spectacles très différents reliés par l’originalité des œuvres,  la qualité des textes et le talent professionnel des artistes.

À l’issue du spectacle, les chaises sont rapidement pliées et comme par magie, une table bien garnie apparaît. Public et comédiens partagent alors nourriture et boissons apportées par chacun.  Quand le temps le permet, le buffet est proposé sur la terrasse et la ville éclairée s’étale à nos pieds dans un cadre magnifique. Convivialité, échanges et écoute réciproque sont au menu et c’est exactement la raison d’être de Liber Libra, association intelligente, éclairée et précieuse.

Ceux qui ont assisté à d’excellents spectacles off à Avignon retrouveront cette magie chez Liber Libra. La longue file d’attente en moins, la disponibilité, l’amitié et le verre en plus !

Isabelle M.

Infos pratiques :
  • Réservation par mail albenedetto@wanadoo.fr ou téléphone 06 30 93 97 50
  • Siège de l’association : 620, chemin de la porte Saint-Jean 83400 Hyères
  • Parking gratuit au pied du château
  • Participation aux frais : 10€ + chacun amène de la nourriture ou une boisson à partager.

Programmation 2020 : voir site Liber Libra


Que les lettres d’amour…

Petit inventaire (non exhaustif) du quotidien de l’écrivain public :

aide rédactionnelle, assistance administrative et réorientations …
Problème de voisinage, résiliation d’assurance et assignation …
Attestation d’hébergement, déclaration de sinistre et lettre de motivation …
Recours gracieux, demande d’étalement et indemnisation …
AAH, CMU, AFPA, DDCS, CNRACL, CNAV, MDPH et réclamations …
Requête bailleur social, syndic, aide juridictionnelle et contestation …
CV, pôle emploi, calcul retraite et pension de réversion …
Rapports d’activité, n° INSEE, BDF et taxe d’habitation …
Sécurité sociale, Tribunal, JAF, écoute et aide à la compréhension …

Alors, pour soigner son blues, l’écrivain public, quelquefois, rêve de lettres d’amour et écoute en boucle :

« On ne devrait permettre
Que les lettres
D’amour
On ne devrait écrire
Que pour dire
Bonjour

Ne parlons pas des circulaires
Des formulaires
De tous ces papiers
Qui réclament plus qu’ils ne donnent » [ … ]

CD Partage des eaux, 2000

cd-partage-des-eaux

http://www.annesylvestre.com/

Merci Anne Sylvestre


j’aurais aimé te dire

Notre concours de lettres intitulé : « J’aurais aimé te dire » a inspiré à l’une des membres d’EPACA-Sud, le texte ci-dessous. Lisez, partagez, réagissez… comme il vous plaira !

« A l’attention de Marcel Ruffo, de passage à Toulon à la librairie Charlemagne ce printemps, et défendant avec enthousiasme les nouveaux rythmes scolaires »

J’aurais voulu te dire, Marcel, l’ami,
Qu’être connu et reconnu il ne suffit
Pour tenir des propos non réfléchis,
Sur un sujet qui visiblement donne souci.

Ce jour-là tu retrouvais Toulon ;
Au marché, ta mémé y vendait les melons.
Tu es resté très sympathique
En dépit de l’emballement médiatique.

Donc, ce vendredi en librairie
Devant un public tout acquis
Les nouveaux rythmes scolaires tu défendais.
Aux enseignants, violemment tu t’en prenais :

« Ces enseignants ! Jamais d’accord !
Un changement et on dirait qu’on les mord !
Les minots avec ces sclérosés
S’ennuient ferme toute la journée ! »

A l’élaboration de ces rythmes tu participas
Et si, en haut lieu, le projet t’enthousiasma,
Les frais occasionnés les as-tu évalués ?
Des conditions d’application t’es-tu inquiété ?

Centré sur l’épanouissement des enfants
Te souviens-tu qu’ils sont très, très « vivants » ?
Tu travailles en cabinet, en tranquille dualité ;
Sais-tu combien les maîtres sont débordés ?

Tu proposes, Marcel, un atelier du « rien »
« Aujourd’hui, chers petits, on ne fait rien ! »
Tu crois vraiment que, sages et rêveurs
Ils vont rester la bouche en cœur ?

En 2 mouvements 4 temps tu verras
Un waï d’enfer, s’installera.
Pour qui la gestion de souk organisé ?
Et la responsabilité du possible défenestré ?

Tu suggères aussi, ô inconscient
Une mémé arabe, face à 30 boucans.
Tu affirmes : « ils seront heureux, c’est sûr, tous,
d’apprendre à faire un bon couscous ! »

Du saladier l’un sera vite coiffé.
Et les boulettes-fusées seront lancées.
Et mémé, dans ce merdier
L’entends-tu hurler, beugler ?

Au lieu de proposer, Marcel,
des ateliers aucunement pensés
Au lieu de critiquer, Marcel
les enseignants, tous ces ratés

Considère un peu la réalité
du terrain où évoluent ces enfants.
Ils ne sont pas du tout méchants,
Ils sont même très attachants.

Mais à observer Momo ou Ratédé
Ta petite Alice jamais tu ne reconnais.
Ta fille qui a tout réussi avec succès
Était-elle scolarisée dans une cité?

Tu appelles ces rythmes nouveaux.
OK. Montre-nous Marcel! Gère en solo !
Les enfants on te les laisse en confiance.
Pari accepté ? Eh bien, bonne chance !

Si tu t’en sors Marcel,
Des deux mains on t’applaudit.
Mais si tu te plantes Marcel,
Alors montre un peu de modestie.

Avant de si vivement juger
Prends la peine de considérer
Les dures conditions d’un métier
De professionnels harassés.

Ces décisions tellement bâclées
Génèrent des enseignants stressés.
Pour les enfants ils sont réellement très inquiets.
Mais pour toi, Marcel,
La retraite n’a-t-elle pas encore sonné?

M.M.


Acte de rébellion grammaticale

Je suis solidaire de l’acte de rébellion grammaticale qui consiste à donner au mot membre un genre féminin, quand le membre est une femme, une adhérente.

«  Membre fondatrice » au début, j’ai trouvé ça curieux. Cependant, après l’avoir lue dans plusieurs de nos présentations, cette formulation m’a paru intéressante. En effet, le mot « fondateur », quand il s’agit d’une femme, sonne étrangement même si l’on sait bien que c’est juste un adjectif qui s’accorde avec le nom auquel il se rapporte et patati et patata…. Une femme ne se sent pas « fondateur », mais fondatrice ! Le membre se vit et se pense alors au féminin ! Voici un thème de réflexion potentiel autant pour les psychanalystes que pour les grammairiens.

Mais soyons logiques: chaque adhérente ne devrait-elle pas, dans ces conditions, se revendiquer « écrivaine publique- auteure conseille » ?

Au premier regard, cette graphie peut sembler bizarre et plutôt lourde. Puis, après y avoir vu quelque chose de malicieusement provocateur, on peut la trouver tout à fait à son goût … pour finir un jour par l’adopter, et pourquoi pas la légitimer, par l’usage ? Rien n’est figé à jamais dans le langage.

Que choisir : respect de la règle et conformisme, ou bien fronde et affirmation de notre identité ? Ou bien encore tantôt l’un tantôt l’autre, suivant notre appréciation du contexte ?

Nous qui sommes des professionnelles de la langue écrite censées maîtriser le code, quels motifs nous poussent à nous affranchir de la norme, par moments ? Serions-nous dans ces présentations en train d’entrer en résistance contre le pouvoir machiste, via un acte de langage subversif, sans vouloir procéder de manière trop radicale ?

Il y a du féminin et du masculin en chacune et chacun d’entre nous. C’est peut-être ce qui conduit une adhérente à pouvoir s’affirmer écrivain public et auteur conseil, tout en refusant d’habiter le titre de membre fondateur. Membre fondateur, non, décidément, ce n’est pas possible, il y a trop de connotations masculines. Mais membre fondatrice, oui, c’est possible. C’est juste nouveau.

Danièle Saunier